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Droit des sociétés – SARL – Fixation de la rémunération du gérant de SARL

Cass. com, 4 octobre 2011 n°10-23398


Dans cet arrêt rendu le 4 octobre 2011, la Chambre commerciale de la Cour de cassation confirme sa jurisprudence antérieure et réaffirme que la détermination de la rémunération du gérant de SARL ne relève pas du régime des conventions réglementées, visées à l’article L. 223-19 du Code de commerce, et ce même dans le cas où le gérant est majoritaire.

L’article L. 223-19 du Code de commerce organise, on le rappelle, une procédure d’approbation des conventions intervenues directement ou indirectement entre la SARL et l’un de ses gérants ou associés. Ces conventions doivent être présentées, dans un rapport spécial, à l’assemblée générale statuant sur l’approbation des comptes de l’exercice social au cours desquelles ces conventions ont été conclues. Le texte précise que le gérant ou l’associé concerné par la convention ne prend pas part au vote.

Dans cette affaire, l’assemblée générale des associés d’une SARL avait adopté une résolution fixant la rémunération du gérant, ce dernier, étant également associé majoritaire de la société, avait pris part au vote fixant sa propre rémunération. Il avait d’ailleurs été le seul à voter favorablement cette résolution, et de fait, en avait donc décidé seul. L’un des trois associés de la société a porté cette affaire devant les tribunaux afin de faire juger que la délibération fixant la rémunération du gérant était irrégulière en raison de la méconnaissance des règles de vote édictées par l’article L. 223-19 du Code de commerce.

La Cour d’appel de Riom a estimé que cette délibération ayant été votée uniquement par l’associé majoritaire ayant un intérêt personnel et devait donc être considérée comme abusive.

Cet arrêt a été cassé, la Chambre commerciale de la Cour de cassation retenant même dans ce cas de vote favorable du seul gérant : « la détermination de la rémunération du gérant d’une SARL par l’assemblée des associés ne procède pas d’une convention, ce dont il résulte que le gérant associé, fût-il majoritaire, peut prendre part au vote ».

Cette solution est conforme à la solution déjà retenue par cette même Chambre commerciale dans un arrêt précédent rendu le 4 mai 2010 et déjà souligné (n°09-13205), dans lequel elle avait déjà jugé, dans le prolongement de certaines cours d’appel (notamment de la Cour d’appel de Paris, 6 décembre 2007 n°06-20667), que le gérant associé d’une SARL peut prendre part au vote de la délibération de l’assemblée générale des associés fixant sa rémunération.

La décision commentée fait néanmoins apparaitre un élément supplémentaire. La Cour de cassation prend soin de préciser que le gérant associé d’une SARL peut prendre part au vote de la délibération fixant sa rémunération, « fût-il majoritaire ». Cette précision est intéressante car elle permet de généraliser cette solution, y compris dans le cas où le gérant est associé majoritaire. Dans cette hypothèse, le gérant associé aura quasiment tout pouvoir pour fixer le montant de sa rémunération dans le cadre d’une assemblée générale des associés et pourra donc, de fait, en décider seul.

Les minoritaires n’ont donc, en tous cas du point de vue des règles de majorité, aucun moyen de s’opposer au montant de la rémunération du gérant décidée par l’assemblée générale des associés. Afin d’éviter une éventuelle dérive, et contester les modalités de fixation de la rémunération du gérant associé majoritaire, les minoritaires conserve la possibilité d’invoquer l’abus de majorité, argument avancé par l’associé minoritaire dans cette espèce. Il leur appartiendra alors, non sans mal, d’apporter la preuve que la délibération fixant la rémunération du gérant est contraire à l’intérêt social et a été prise dans l’unique but de favoriser les majoritaires au détriment de la minorité.

Mais, il s’agit que d’un palliatif a posteriori. Aussi, il paraît approprié, en l’état de cette solution jurisprudentielle et lorsque la situation le commande, de prévoir un encadrement statutaire de la rémunération du gérant évitant une fixation unilatérale de cette rémunération.